ACTUALITÉ | Innovation

13.10.2020 - 13H51

En avant toute vers le BIM

Alors que les Pouvoirs publics souhaitent généraliser l’utilisation du numérique dans le bâtiment d’ici 2022, toute la filière se mobilise à travers des expériences et des initiatives qui dessinent les réels avantages de cette évolution. Un mouvement majeur auquel se sont associées les équipes de GRDF.


Moins 6%. C’est, selon une récente étude du cabinet de conseil McKinsey & Company, la baisse de la productivité horaire du secteur de la construction en France depuis vingt ans. Un résultat qui mérite d’être comparé à l’évolution de la productivité du secteur manufacturier, en hausse, elle, de 87% sur la même période… A l’évidence, l’industrie du bâtiment a besoin de réformes structurelles d’ampleur ! Et la première urgence, pour améliorer ses résultats, passe par l’appropriation des nouvelles technologies par l’ensemble de la filière. C’est précisément tout le sens dévolu au Plan BIM 2022 mis en place par Ministère de la Cohésion des Territoires depuis janvier 2019 : il vise en effet « à généraliser l’utilisation du numérique dans le bâtiment d’ici 2022 ». Ses missions consistent clairement « à mobiliser et accompagner la filière du bâtiment pour fournir aux professionnels les méthodes et les outils concrets pour massifier les usages numériques ». Deux axes prioritaires ont été définis. Il s’agit, d’une part, de « généraliser la commande en BIM dans l'ensemble du bâtiment en fiabilisant les pratiques et en sécurisant l’ensemble des acteurs grâce à des définitions claires et équilibrées des attentes et responsabilités de chacun ». D’autre part, il convient « de déployer le BIM (acronyme de Building Information Modeling) dans les territoires et pour tous, grâce aux outils adaptés ». Un nombre conséquent d’acteurs a été associé à cette démarche, au sein d’un comité de pilotage, parmi lesquels la FPI, l’USH, la FFB, la CAPEB ou la fédération des syndicats des métiers de de la prestation intellectuelle du Conseil, de l’Ingénierie et du Numérique (CINOV). Voilà pour la méthode et l’ambition.

 

« La France ne se donne pas tous les moyens »

Alors que les pays scandinaves ont adopté ces maquettes numériques 3D et ce modèle d’information digitalisé et collaboratif depuis plus de dix ans, que le Royaume-Uni l’impose sur tout chantier à partir d’un certain montant de travaux, « la France ne se donne pas tous les moyens pour permettre à l’ensemble des acteurs de la filière construction d’effectuer sa transition numérique », lance Julien Mercier, fondateur de la société de conseil en BIM IM-PACT et vice-président de la fédération CINOV en charge de l’innovation et prospective. « Pour schématiser », reprend-il, « si les maîtres d’ouvrage commencent à percevoir les gains potentiels de cette démarche, les promoteurs par exemple ne voient pas encore ce que le BIM peut leur apporter alors qu’il existe de véritables opportunités : commercialisation, communication, simulations énergétiques ... A contrario, les bailleurs sociaux se trouvent très en pointe sur le BIM avec une vision gestion, exploitation et maintenance ».

 

Qui paie pour la technologie ?

Reste que de vraies questions se posent. Qui paie pour la technologie ? Le temps investi en phase conception va-t-il se retrouver lors de l’exécution ? Comment gérer un projet digital pour lequel tout le monde, du bureau technique aux artisans, n’a pas les mêmes outils et la même maturité ? Toutes pertinentes, ces interrogations méritent d’être liées à un principe de réalité simple : « le modèle d’information et les processus associés doivent être adaptés à la nature de l’ouvrage et aux besoins des utilisateurs », insiste Julien Mercier. Mieux, s’il ne fait pas de doute que le BIM prépare la construction de demain, il ne constitue pas pour autant une potion magique, l’acte humain restant au cœur des enjeux …


Précisément, pour mesurer la puissance du BIM, les équipes de GRDF se sont mobilisées sur ce thème depuis 2017. A travers des groupes de travail, d’abord, des initiatives ensuite, des expérimentations enfin. « Nous avons par exemple mené une enquête sur le sujet auprès de bureaux d’études thermiques et celle-ci a mis en évidence l’importance du sujet, en nous guidant sur des terrains d’investigation », explique Igor Rapeneau, responsable marketing du pôle Cegibat (voir l’enquête sur le site Cegibat aussi ). Résultat, il était intéressant de modéliser les objets sur l’alimentation gaz, de renseigner le dimensionnement des équipements et d’intégrer le contrôle réglementaire dans la maquette numérique. La première initiative d’Igor Rapeneau a donc consisté à créer une bibliothèque des objets génériques de l’alimentation gaz, disponible en open source sur le site Cegibat. Et pour éviter tout fossé numérique, les fichiers ont même été conçus dans un format standard, le plus communément utilisé. « Depuis sa mise en ligne en 2018, nous avons enregistré plus de 5000 téléchargements », compte le responsable marketing de Cegibat, qui estime indispensable de « modéliser toutes les pratiques dans la bâtiment ».

 

« Le BIM permet d’avoir un dialogue plus serein »

Après cette première étape ô combien concrète pour la filière, GRDF s’est engagé depuis un an auprès de maîtres d’ouvrage, au plus près du terrain. « Nous travaillons en coopération étroite avec deux acteurs pour analyser le retour d’expérience en commun, à Toulouse avec LP Promotion et à Chartres avec Procivis », raconte Jean-Marc Donjon, délégué raccordement à la Direction Relation Clientèle de GRDF. S’il est trop tôt pour dégager un retour d’expérience digne de ce nom, « nous constatons que, sur le processus de raccordement, le BIM permet d’avoir un dialogue plus serein sur des éléments plus précis, plus fluides et plus visualisables », note-il. « Le BIM sécurise donc la phase conception, avec une meilleure traçabilité des actions. Nous réfléchissons encore aux différents jalons, à comment intégrer le BIM à nos processus, à nos outils de pilotage, et à nos contrats. » Des sujets qui animent en réalité l’ensemble de la filière de la construction de l’Hexagone aujourd’hui, impliquant de la part de chacun un vrai pragmatisme tout en se préparant inévitablement à un processus de conduite du changement.

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