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05.07.2022 - 08H14

Comment EnergieSprong veut créer une industrie de la rénovation

Face aux immenses défis de l’indispensable rénovation des bâtiments en France, la démarche hollandaise EnergieSprongest aussi originale qu’ambitieuse. Explications avec Sébastien Delpont, directeur de EnergieSprong dans l’Hexagone.

Une méthode venue des Pays-Bas : EnergieSprong

Quels que soient les chiffres retenus, tous donnent le vertige. Entre France Stratégie qui évalue le nombre de passoires énergétiques à 7 millions sur notre territoire et le Président de la République qui fixe un objectif pour les 5 ans à venir de 700 000 logements rénovés chaque année, le défi apparaît dans tous les cas monstrueux. Il existe cependant une méthode, venue des Pays-Bas et mise en place dans plusieurs pays occidentaux, qui suscite actuellement un fort intérêt. Son nom : EnergieSprong. En néerlandais, ces deux mots signifient « saut énergétique ».

Plusieurs opérations de réhabilitation ont d’ores et déjà été menées, en particulier par quelques bailleurs innovants (voir article sur l’OPAC 73), qui ont chacune fait valoir d’indéniables atouts. Et les acteurs du secteur de l’immobilier se révèlent chaque jour plus nombreux à rejoindre cette démarche. « Nous sommes en fait un mouvement de coopération européenne et inter-acteurs qui a pour projet de massifier les rénovations zéro énergie », explique Sébastien Delpont, directeur de EnergieSprong en France et directeur associé de Greenflex, entreprise de conseil en développement durable qui joue le rôle de facilitateur d’intérêt général de ce mouvement. Il ajoute : « Notre ambition est claire : développer de nouveaux standards simples pour démocratiser l’accès au plus grand nombre à des rénovations très performantes, rapides, qualitatives, attractives et confortables ».

 

Image résidence Grésivaudan 2

 

Le gaz vert adapté aux exigences des rénovations zéro énergie

Concrètement, le principe repose sur de nouvelles méthodes d’industrialisation de la rénovation et sur un cahier des charges basé sur des exigences de résultats plutôt que de moyens. Dans le détail, la démarche prône une isolation des façades par l’extérieur grâce à des éléments préfabriqués en usine, comprenant des matériaux biosourcés, ainsi que des toitures isolantes équipées de panneaux solaires. A cela s’ajoutent des systèmes de chauffage et de climatisation intelligents.

Le cahier des charges de la démarche EnergieSprong comprend, lui, quatre exigences :

  • Un niveau énergie zéro garanti sur 30 ans

    « Nous voulons parvenir à de la performance réelle, afin d’entrer dans un nouveau cycle immobilier garanti jusqu’en 2050 avec l’ensemble du parc affichant au minimum une étiquette B à cette échéance », souligne Sébastien Delpont. Dans les faits, les besoins énergétiques doivent être réduits de 70 à 80% et les besoins résiduels en énergies doivent être assurés par des énergies renouvelables locales. « Le gaz vert, en tant qu’énergie renouvelable, a tout à fait sa place dans une rénovation zéro énergie », précise le directeur de EnergieSprong en France. Concernant l’aspect « garanti », la démarche innove également puisqu’elle prévoit un « contrat de performance énergétique » associant le maître d’œuvre et l’ensemble des entreprises de travaux et de maintenance impliquées dans l’opération de réhabilitation.
  • Un temps d’intervention 3 à 5 fois plus rapide

    Soit très largement accéléré par rapport aux rénovations classiques. Mieux, ce système d’isolation par l’extérieur permet aux occupants de rester sur place.
  • Une vraie amélioration qualitative du logement

    Avec un confort augmenté (confort d’été, habitat adapté, intérieur repensé…) qui satisfait les locataires.
  • Une enveloppe budgétaire équilibrée

    Cette enveloppedoit prendre en compte le coût global sur la durée, sachant que de nombreuses aides peuvent être déclenchées, des CEE à Ma Prime Rénov jusqu’à MassiRéno, le dispositif d’État mis en place dans leplan France Relance.
Aux Pays-Bas, les coûts de rénovation employant EnergieSprong ont reculé de 50% sur ces cinq dernières années.

Un coût encore élevé mais orienté fortement à la baisse

Sur le volet financier, le coût de ces rénovations est en baisse mais encore élevé : la facture d’une rénovation EnergieSprong très performanteestplus élevéeque des réhabilitations avec des ambitions plus faibles, mais en coût global, au vu de ses bénéfices, en particulier sa pérennité et la baisse importante de la facture énergétique, elle apparaît souvent très pertinente sur certaines portions de patrimoine. Cela sous réserve pour le bailleur d’activer des mécanismes de contribution des ménages – dont les dépenses baissent fortement, au remboursement de ce surinvestissement. « C’est en démocratisant la démarche, en attirant de nouveaux fournisseurs, en développant plus de projets et en favorisant l’innovation que nous pourrons réduire les prix encore plus», assure Sébastien Delpont. « Pour s’en convaincre, aux Pays-Bas, les coûts de rénovation employant cette méthode ont reculé de 50% sur ces cinq dernières années. Il nous faut maintenant créer une industrie de la rénovation en France ! »

Là résident précisément les missions de Greenflex. L’entreprise œuvre en effet pour agréger la demande et convaincre des maitres d’ouvrages des’engager sur les bâtiments dont les caractéristiques s’y prêtent bien. Il faut également accompagner les entreprises, bureaux d’études, architectes et entreprises, dans leurs réponses aux appels d’offres. A cela s’ajoute la mise à jour permanente des cahiers de charges dans une démarche d’amélioration continue et, enfin, de partager le plus largement les retours d’expériences des différentes opérations menées selon la démarche EnergieSprong.

 

 

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