ACTUALITÉ | Biométhane Copropriété

06.11.2019 - 15H18

Le zoo de Thoiry produit du biométhane avec son fumier

Fin 2018, le célèbre zoo-safari d’Ile-de-France s’est doté d’une unité de méthanisation pour œuvrer contre le changement climatique. Avec près de 11 000 tonnes de déchets par an, Thoiry Bioenergie produit aujourd’hui suffisamment de biométhane pour chauffer son château, la majorité des bâtiments des animaux et les habitations de neuf communes alentour. Visite.

 

En arrivant à proximité du zoo de Thoiry, rien ne permet de supposer qu’une unité de méthanisation se cache dans le parc. Pourtant, depuis fin 2018, elle s’élève bien là, sur une superficie d’un hectare. « Nous avons fait de gros efforts d’intégration paysagère, peint l’ensemble d’un marron foncé adapté, réalisé des terrassements autour ainsi que des plantations et évidemment veillé à ce qu’il n’y ait ni nuisances sonores ni olfactives », explique Colomba de la Panouse, Directrice Générale Déléguée du Safari & Zoo de Thoiry et fille du fondateur des lieux en mai 1968 mais également présidente de Thoiry Bioénergie, la société créée pour élaborer cette fameuse unité de méthanisation. Et c’est ainsi que Thoiry est devenu le premier zoo au monde chauffé grâce au fumier produit par ses animaux !

 

En réalité, l’histoire démarre voici tout juste dix ans. Alors que le parc est engagé dans des programmes de protection de la nature, des espèces et de l’environnement depuis sa création, Colomba de la Panouse décide d’innover. Point de départ : la nécessité de chauffer un château et quelques 80 bâtiments destinés aux animaux. « Dans le même temps, une question se posait : que faire de nos fumiers ? », se souvient la Directrice Générale du Zoo. Réponse : rien, si ce n’est les distribuer aux agriculteurs voisins. « A cette époque, j’ai entendu parler de méthanisation en milieu sans oxygène. J’ai donc repris mes études à temps partiel puis me suis rapprochée de Sylvie Fleury, ingénieure avec 23 ans d’expériences dans le domaine des énergies renouvelables. » L’ambition est bien là, le projet prend forme, mais les solutions manquent. Soudain, voilà que GRDF décide d’étendre de trois kilomètres le maillage de son réseau de gaz naturel dans le département des Yvelines, en particulier jusqu’à Thoiry. « Grâce à cela, nous avons pu opter pour l’injection de notre biométhane dans le réseau de GRDF, une solution optimale en termes de rendement énergétique », reprend Colomba de la Panouse. A partir de là, tout s’enchaîne. L’unité de méthanisation est construite en dix-huit mois.

 

Chaque année, elle va recevoir quelques 10950 tonnes de fumiers divers et de déchets verts. Au passage, il faut savoir que les deux éléphants du zoo de Thoiry représentent à eux seuls 15% de la production de fumier, tout simplement parce qu’ils produisent chacun 150 kg de fumier par jour ! Une contribution à ce point exceptionnelle qu’elle leur vaut de servir de logo à la société Thoiry Bioénergie. Ajoutons qu’une aire de jeux à destination des enfants a été aménagée dans le zoo avec, au centre, un toboggan éléphant de quatre mètres de haut et seize de long qui permet, tout en s’amusant, de comprendre la digestion des animaux – sans oublier les bruits qui vont avec - et donc le processus de production du biométhane.

 

 

Un rendement écologique de 98%

Précisément, le biogaz produit par la fermentation des fumiers est épuré grâce à un système de membranes pour devenir du biométhane, avec des paramètres identiques à ceux du gaz naturel, puis odorisé (pour pouvoir le déceler en cas de fuite) avant d’être injecté dans le réseau GRDF. Le volume de gaz produit est tellement élevé qu’il alimente aujourd’hui le château de Thoiry, mais également l’orangerie et la plupart des maisons des animaux et le village de Thoiry. Désormais, à Thoiry, les hippopotames et les girafes se chauffent au biométhane. Mieux, grâce à l’extension du réseau de GRDF, ce sont neuf communes des environs qui profitent de cette énergie verte, parmi lesquelles Plaisir et Villepreux.

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce processus de méthanisation par voie sèche continue, qui affiche un rendement énergétique de 98%, réduit très peu le poids originel des déchets organiques. Car seule la fermentation de ces déchets constitue le biogaz. Résultat, sur les 10950 tonnes de fumier annuelles qui entrent dans l’usine, ce sont tout de même 10 000 tonnes qui en ressortent. Mais, entre-temps, elles ont été transformées. Et ce qui en résulte, nommé le digestat, parvient sous deux formes : solide (et donc sec, à l’image du compost) qui sert d’engrais naturel pour les jardins du parc, et liquide. Ces seconds résidus intéressent en particulier les nombreux agriculteurs des alentours qui les utilisent pour l’épandage sur leurs champs, évitant ainsi l’usage de fertilisants industriels. « Ce cycle permet de rester cohérent dans notre démarche naturelle et locale pour le transport de ces matières », souligne Colomba de la Panouse.

 

Plus de 5 millions d’euros d’investissement

A l’évidence, la mise en œuvre et la réalisation d’une telle unité de méthanisation ont un coût, qui s’est élevé à plus de cinq millions d’euros. Le parc a pu bénéficier d’aides importantes, notamment de la part de la région Ile-de-France et de l’Ademe. Un emprunt a cependant été nécessaire, sachant en plus que la rentabilité d’un tel équipement ne peut s’envisager que sur du long terme, douze ans en l’occurrence. Voilà pour la colonne des dépenses. Dans celle des recettes, commençons par les économies. « L’énergie nous coûte moins cher, puisque nous sommes passés d’un mix électrique et fioul au gaz », souligne la Directrice Général Déléguée du Parc. A cela s’ajoute la vente du biométhane, à un tarif bonifié, qui permet de rembourser les intérêts d’emprunt et l’emprunt lui-même. Charge ensuite au Safari & Zoo de Thoiry de continuer à attirer chaque année, comme il le fait aujourd’hui, 450 000 visiteurs curieux de nature, de protection de l’environnement et de développement durable.

 

Crédits Photos

- Usine de méthanisation : Thoiry Bioénergie
- Éléphants : Arthus Boutin

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