Logement et énergie : relever le défi de la « grande convergence »

Les intervenants présents au dernier Congrès de la FPI s’accordaient tous sur un point : nous sommes à la veille de changements profonds dans tous les domaines. Les mondes de l’immobilier et de l’énergie construisent ensemble la ville de demain. Cela passera par l’évolution du mix énergétique : énergies renouvelables intermittentes, production d’énergies décentralisées, intelligence dans les réseaux et sobriété.

Retrouvez le point de vue sur la nouvelle donne de deux architectes présents au congrès 2017 de la FPI

Béatriz Ramo, Directrice de STAR stratégies + architectureBéatriz Ramo
Directrice de STAR stratégies + architecture

Beatriz Ramo travaille actuellement pour Sogeprom, sur un projet de 280 logements adaptés à différents modes de vie.


Selon vous, quelles sont les grandes mutations qui impactent le secteur de l’immobilier français ?

En tant qu’architecte, deux questions majeures retiennent mon attention. La première est la reconversion de bureaux en habitation : les bureaux vacants sont nombreux alors même qu’il y a un grand besoin de logements. Or les concepteurs d’immeubles de bureaux neufs ont adopté une stratégie intelligente pour répondre à cette situation dysfonctionnelle : ces bâtiments acquièrent une capacité de résilience en prévision d’une reconversion, devenant ainsi générateurs de valeur. Il est donc essentiel que la réglementation accompagne ces projets. Actuellement, elle représente un blocage car les règles à suivre sont différentes pour le bureau et pour le logement. Le deuxième sujet que je souhaite soulever a un impact très fort dans l’immobilier : il s’agit de la réglementation d’accessibilité, qui dans le contexte économique actuel génère des logements moins qualitatifs et plus standardisés. Parfois le mieux est l’ennemi du bien, et cette réglementation en est l’illustration.

Comment voyez-vous le secteur évoluer dans 10 ans ?

La réglementation est devenue lourde et contradictoire : elle doit s’alléger. C’est une démarche collective qui commence déjà à avancer. Il faudrait également mettre en place un nouvel intervenant sur les projets de conception, une sorte de médiateur qui aiderait les collectivités, les aménageurs et les promoteurs à sortir de leur position de confort, qui assouplirait les procédures et qui travaillerait avec l’architecte pour matérialiser les intérêts de chacun.
Nous avons déjà testé cette idée sur un de nos projets, avec succès. Cela permettrait de faire évoluer le marché de l’immobilier dans la bonne direction.


Gilberto Pellegrino, Architecte, fondateur du cabinet d’architecture PA-DWGilberto Pellegrino, Architecte
fondateur du cabinet d’architecture PA-DW
trois fois primé aux Pyramides

 


Quelle est votre vision de l’innovation ?

Il est clair que la signification du mot « innovation » qui s’appuie traditionnellement sur un ensemble d’évolutions techniques repose aujourd’hui sur une vision plus élargie de l’environnement. L’aspect social devient à l’origine des projets. Par exemple, les démarches participatives se multiplient ; c’est un vecteur d’innovation très important. Aujourd’hui, concevoir ne suffit plus, on doit aussi expliquer comment utiliser le bâtiment. Ainsi la dimension d’usage est intégrée en amont et en aval du projet. Ce qui implique que l’innovation est en partie portée par une dimension environnementale au sens très large : le cycle de vie du projet est intégré depuis la fabrication des matériaux jusqu’à la démolition du bâtiment : coûts en énergie grise, impact carbone… la vision est plus globale.

Vous avez été primé aux Pyramides pour 3 projets très différents. Certains préservent l’existant, d’autres non. Quel est leur socle commun ?

En tant qu’architecte-urbaniste, le premier axe de notre travail, c’est de créer du désir. Nous souhaitons éviter une vision dogmatique d’une architecture qui ne se poserait que la question de la forme.
Pour nous, une architecture réussie est une architecture qui ne pourrait prendre place nulle part ailleurs, tant dans ses usages que dans son implantation ; à l’instar d’un être vivant intégré à son biotope. Pour le programme du Clos des Baronnies, dans le parc des Oblates, à Nantes (Grand Prix du public), au niveau énergétique, nous sommes simplement en RT2012 mais le site est incroyable avec cette vue sur la Loire ! Nous nous sommes glissés dedans, en respectant la topographie, le paysage, tout en ancrant la réalisation dans son temps.
Pour Soléo (Pyramide d’argent en catégorie « Innovation), à Carquefou, nous étions sur une opération passive. Les objectifs énergétiques étaient donc élevés mais nous avons souhaité aller au-delà de la performance chiffrée. Nous avons donc réalisé des façades sud très vivantes, avec des terrasses qui préservent l’intimité, et des éléments mobiles, mais pouvant aussi recevoir une table, des chaises. Nous avons également créé des circulations communes qui soient des lieux de rencontres très protégés des vents, de la pluie, très lumineuses…
Il s’agit de travailler la question de la densité dans l’habitat pour permettre à ce terme de n’être plus péjoratif. Elle se traduit aussi par la mise en place d’usages partagés multiples (des terrasses de toiture partagées pour que chacun puisse profiter d’une vue magnifique, des jardins communs, des parkings sans place attribuée et ouverts au public participant au financement des frais d’entretien…). L’apport des nouvelles technologies est considérable. Ainsi, nous intégrons ces outils dans l’architecture : des tableaux numériques pour suivre les consommations énergétiques, bien sûr, mais au moyen desquels les résidents peuvent aussi communiquer, échanger des messages, des besoins…

« Reconversion de bureaux en habitation : les concepteurs d’immeubles de bureaux neufs ont adopté une stratégie intelligente. »
Béatriz Ramo
Directrice de STAR stratégies + architecture

« Aujourd’hui, concevoir ne suffit plus, on doit aussi expliquer comment utiliser le bâtiment. »
Gilberto Pelligrino
Fondateur du cabinet d’architecture PA-DW