ACTUALITÉ | Transition énergétique

18.06.2020 - 11H42

Vers une autonomie énergétique des territoires ?

Pour atteindre les objectifs assignés par la transition énergétique, il apparaît aujourd’hui indispensable que les territoires s’engagent plus avant dans la production d’énergie, par exemple grâce à un système de cogénération. Quitte à ce que ces mêmes territoires deviennent progressivement autonomes en énergie.

Dans un pays de tradition jacobine comme la France, parler d’autonomie énergétique des territoires peut sembler parfaitement incongru. Pourtant, et c’est ce que nous explique Frédéric Gonand, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine et ancien conseiller économique de Christine Lagarde, la transition énergétique nous conduit désormais sur cette voie. Pour autant, « l’autonomie ne signifie pas l’autarcie, chaque territoire n’ayant pas les mêmes gisements d’énergie », explique Youness Hssaini, responsable efficacité énergétique au sein de GRDF Cegibat. « Ne serait-ce qu’en matière de production de biométhane, par exemple, tous les territoires n’ont pas les mêmes capacités de production. Ils ne peuvent donc pas se désolidariser du réseau national, qu’il s’agisse d’électricité ou de gaz. »

 

 

 

 

Un volume de réserve de 3 à 4 mois de consommation annuelle

Reste que les collectivités peuvent tout à fait améliorer leur autonomie énergétique, en produisant autant d’énergie qu’elles le souhaitent. Plusieurs agglomérations font d’ailleurs preuve d’un volontarisme affiché en la matière, à l’image de Nantes ou de Bordeaux. Mais des communes plus petites, à l’image de Châteauneuf-Grasse dans les Alpes-Maritimes, ont engagé une politique déterminée et efficace en la matière, démontrant que l’autonomie est non seulement possible mais a en plus du sens.
Plus largement, il est vrai que la production d’énergie induit plusieurs contraintes. « En général, l’énergie n’est pas produite au moment où elle est consommée », reprend Youness Hssaini. « C’est un problème pour l’électricité, qui se stocke mal ou avec des systèmes coûteux. Pour le gaz, en revanche, le stockage est aisé : entre les cavités souterraines naturelles et les 200 000 kilomètres de réseaux, le volume des réserves représente en permanence 3 à 4 mois de consommation annuelle. Mais il n’est pas raisonnable de réfléchir en termes de mono-énergie, parce qu’il existe une vraie complémentarité des énergies et des réseaux. » Autrement dit, l’autonomie d’un territoire se construit avec plusieurs leviers. Décentraliser la production d’énergie est possible – le gaz le prouve – et les intérêts des élus vont dans cette direction. Les raisonnements se mènent d’ailleurs de plus en plus souvent de manière collective, avec les territoires alentours.

 

Injecter l’énergie dans les parties privatives

« Concrètement, améliorer l’autonomie énergétique repose sur deux solutions essentielles : l’augmentation de la production locale d’énergie couplée à une diminution de nos besoins en énergie et une meilleure efficacité énergétique grâce à un travail sur le bâti et l’enveloppe des bâtiments, pour se diriger vers une conception bio-climatique des immeubles », insiste le responsable de GRDF.
Et pour produire l’énergie au niveau local, deux niveaux peuvent être envisagés. A titre individuel, d’une part, chacun consommant ce qu’il produit. Mais également sous la forme d’une autoconsommation collective, rendue possible depuis un décret de 2016 : il devient ainsi possible d’injecter l’énergie dans les parties privatives, voire dans les copropriétés voisines. Pour des raisons administratives et juridiques, des copropriétés et des bailleurs sociaux optent pour la revente de leur électricité, mais les obstacles sont en train de se lever. Ce qui explique que ces choix se multiplient, comme en attestent nos exemples en Loire-Atlantique, en Rhône-Alpes ou en région parisienne.

 

L’une des solutions les plus communément retenues est celle de la co-génération. Cette technologie, qui repose sur moteur à combustion interne avec un alternateur, s’ajoute simplement à une chaudière qui permet de produire du chauffage et de l’eau chaude, sans oublier de l’électricité. Les principaux avantages de cette solution reposent sur son rendement très élevé, de l’ordre de 95%, à comparer avec celui d’une voiture qui atteint seulement les 40%.