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20.11.2023 - 17H12

Valorisation des biodéchets : Logéal immobilière déploie une initiative vertueuse

Avec le concours de GRDF, de la Communauté de Communes de Caux-Austreberthe et de plusieurs entreprises de Seine-Maritime, le bailleur social Logéal Immobilière a participé à une solution expérimentale de tri des biodéchets pour ensuite produire du gaz vert. Une belle histoire qui pourrait bien se généraliser.

L’adhésion des locataires dépend très clairement de la pédagogie que nous avons menée autour de l’expérimentation.
 

Des biodéchets transformée en gaz vert 100% renouvelable

Novembre 2021. La Communauté de Communes de Caux-Austreberthe, en Seine-Maritime, remporte l’appel à projets porté par l’ADEME et la région sur le thème de « l’expérimentation de collecte de déchets alimentaires en apports volontaires ». Parallèlement, comme l’explique Bertrand Laurier, délégué territorial GRDF Normandie, « nous accompagnions la Direction Energie de la Communauté de Communes dans sa démarche vertueuse d’économie circulaire et sensibilisions précisément sur le développement de la filière biodéchets émergente à proximité ».

Les équipes de GRDF convient plusieurs élus, parmi lesquels Christophe Bouillon, le Président de la Communauté de Communes Caux-Austreberthe, également maire de Barentin et Président de l’APVF (Association des Petites Villes de France), à visiter l’unité de méthanisation de la ferme de Mathieu Deschamps, à Cléville. Objectif : « faire œuvre de pédagogie à propos de la valorisation de ces biodéchets », reprend Bertrand Laurier. Il ajoute : «  Cette matière première qui peut ainsi être transformée en gaz vert et chauffer alors des bâtiments résidentiel et tertiaires, mais aussi servir de carburant pour le transport routier », reprend Bertrand Laurier.

240 logements concernés

Une petite année va suffire pour mettre en place le tri des biodéchets. Fin novembre 2022, trois points d’apport volontaires sont installés à Barentin et Pavilly, deux villes de la Communauté de Communes, auprès de neuf résidences gérées par Logéal Immobilière, comptant en tout 240 logements. « Nous avons choisi ces sites parce que nous disposons d’une agence commerciale et de personnel de proximité avec des gardiens », précise Christel Roussel, la directrice générale de Logéal Immobilière, bailleur social très impliqué dans la transition énergétique et environnementale en Seine-Maritime. Elle ajoute : « Grâce au soutien de GRDF, nous avons pu informer nos locataires, valoriser leurs actions positives et les remercier de ce geste écologique. Et je vous confirme que l’adhésion des locataires dépend très clairement de la pédagogie que nous avons menée autour de l’expérimentation ». Au-delà des réunions d’explication, des flyers ont été distribués dans les boîtes aux lettres, des affiches placées dans les parties communes, sans oublier l’organisation de « pots de l’amitié » …

Trois « Gaïabox » de 600 litres avec pesée embarquée

Sur le terrain, ce sont donc trois « Gaïabox » qui ont été mises en place par la société Axibio : il s’agit d’abris-bacs de 600 litres connectés et dotés de contrôles d’accès, comprenant en plus un système de pesée embarquée. Chaque ménage inscrit auprès de la déchetterie a reçu gratuitement un bio-seau fermé pour descendre leurs déchets alimentaires vers ces points d’apport, ainsi qu’une carte personnelle permettant l’accès aux points d’apport volontaire, la pesée de ses déchets, l’affichage du volume total de ses dépôts et leur traduction en énergie. Chaque semaine, les abris étaient collectés par la société normande BinHappy, experte dans le tri, la collecte et la valorisation des déchets alimentaires, puis transportés dans le méthaniseur de Cléville, pour être transformés en gaz vert, lui-même injecté dans le réseau de gaz.

 

  • Bailleur social : Logéal Immobilière
  • Communes : Barentin et Pavilly
  • Résidences : neuf résidences au total
  • Opération : 240 logements
  • Solution retenue : "Gaïabox" : abris-bacs de 600 litres connectés avec système de pesée embarquée
     

 

1700 dépôts pour 2 tonnes de biodéchets valorisés

Huit mois plus tard, en juillet 2023, l’expérimentation pris fin. Le bilan fait apparaître qu’au sein des neuf résidences, quelques 200 ménages se sont prêtés à l’expérience. Sur les trois sites, ce sont 1700 dépôts qui ont été comptabilisés pour deux tonnes de biodéchets valorisés. Par ailleurs, autres points positifs, le bailleur social ne déplore aucun dépôt sauvage de déchet, aucune dégradation des points d’apports et une bonne acceptabilité des habitants. Ce que confirme Christophe Bouillon : « cette expérimentation est un succès qui montre la méthode à suivre, avec une belle adhésion et de nombreux habitants reconnaissants à la collectivité d’avoir mis en place cette mesure. Grâce à cet appel à projets, tout le monde, des enfants aux personnes âgées en passant les acteurs locaux se sont réunis autour d’un partenariat vraiment pertinent, bon pour l’environnement, qui réutilise les déchets, produit de l’énergie et génère des économies ». Pour autant, ajoute le maire de Barentin, « en bon Normand, je ne pense pas souhaitable de mettre tous ses œufs dans le même panier : je suis très partisan du mix énergétique, avec du gaz vert, mais également des panneaux photovoltaïques, du chauffage urbain, du bois et de l’électricité ».

L’expérience permet d’initier un déploiement de plus grande ampleur

De l’avis de Logéal Immobilière, cette expérimentation est également perçue comme « très positive ». Christel Roussel note également l’implication remarquable des locataires, « qui ont consenti à faire des efforts, comme trier leurs déchets alimentaires, les descendre dans le bio-seau avec le sac poubelle dans l’autre main ». Pour la directrice générale du bailleur social, « cette expérience permet d’initier avec les collectivités un déploiement de plus grande ampleur dans les meilleurs délais ». D’autant que l’investissement consenti est resté modéré, puisque Logéal Immobilière a déboursé en tout 1200 euros pour créer les trois plateformes en béton des collecteurs. Notons en outre que si le coût global de l’opération s’élève à 40 000 euros, cette somme a été financée par l’ADEME à 70%. 

Pour le Président de l’Association des Petites Villes de France, le retour d’expérience conduit à une seule conclusion : « il faut désormais généraliser ce type d’expérience et couvrir l’ensemble du territoire », insiste Christophe Bouillon.

En réalité, le temps presse. Rappelons qu’au 1er janvier 2024, les collectivités locales ont pour obligation de mettre à la disposition des particuliers des solutions pratiques de tri des biodéchets, qui représentent environ 30% du contenu des poubelles des Français, pour les valoriser en biogaz.

 

Biodéchets : un potentiel de 5 à 9 Twh de gaz vert par an

Avec un gisement brut estimé par l'ADEME de 18 millions de tonnes de biodéchets par an, dont la majorité est issue des ménages, les biodéchets représentent un potentiel de production de gaz vert de l'ordre de 20 TWh. En tenant compte de la répartition des modes de gestion sur les différentes filières possible de valorisation, le potentiel mobilisable net peut être estimé entre 5 et 9TWh/an. Sur une consommation totale annuelle d’environ 420 TWh, ces biodéchets représentent une brique qui s’ajoute à tous les autres gisements de gaz verts en France.