Un groupe de travail du Plan Bâtiment Durable pour dynamiser la rénovation

Avec 60 % des logements construits avant la première réglementation thermique en 1974, la rénovation du parc d’habitations constitue un enjeu majeur de la loi relative à la transition énergétique. D’où des ambitions gouvernementales fortes, avec 500 000 logements à réhabiliter par an, à  compter de 2017. Pour les atteindre, les syndics professionnels et la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, ont notamment signé la charte de mobilisation en faveur de la rénovation énergétique, le 5 juillet dernier. Les acteurs du secteur se mobilisent : un groupe de travail baptisé « Nouvelles dynamiques de la rénovation des logements » a été mis en place, co-piloté par Frédéric Denisart, architecte, et Jean-Pascal Chirat, Délégué général du Club de l’Amélioration de l’Habitat. Entretien.

Pourquoi avoir accepté de co-piloter ce groupe de travail, avec Frédéric Denisart ?

Jean-Pascal Chirat : Cadre au sein de la direction marketing de Saint-Gobain Distribution Bâtiment France, je suis également fortement impliqué, en tant que Délégué général, dans le Club de l’Amélioration de l’Habitat. Cette association travaille à la fois sur les outils, les expériences, les démarches particulières qui pourraient être modélisées autour de cette thématique. Le parc des logements existants recèle un important gisement de rénovation, notamment énergétique, et les consommateurs-habitants pourraient davantage passer à l’acte, agir de façon plus efficace, s’ils sont accompagnés dans une relation de confiance… Nous avons travaillé, dès l’an dernier, sur ce sujet dans le cadre du Club, via l’observatoire.

Pouvez-vous rappeler la genèse de ce groupe ?

Il a été mis en place au début de l’année 2016 à l’initiative du Plan Bâtiment Durable, avec le Conseil national de l’Ordre des architectes et le Club de l’Amélioration de l’Habitat pour réfléchir ensemble sur les solutions de dynamisation du marché de la rénovation énergétique des logements privés. Nous avons mis en commun nos réflexions et lancé un appel à contributions par le biais du Plan Bâtiment Durable en avril. Nous avons reçu plus de 70 retours émanant de collectivités territoriales, de sociétés privées, d’organisations professionnelles, d’énergéticiens… Toutes ont été publiées intégralement sur le site du Plan Bâtiment Durable et sont consultables. De ces contributions sont ressorties 4 grandes thématiques majeures.

Pouvez-vous nous préciser lesquelles ?

La première porte sur le rôle des collectivités territoriales en tant que tiers de confiance et animatrices clés des opérations de rénovation énergétique du logement privé en relation avec les ménages ; la seconde a trait à la structuration de l’offre : comment optimiser et accroître les solutions d’aménagement. Une troisième traite de la question de soutenir et d’enrichir la demande : comment la stimuler pour gagner la confiance et donner envie au consommateur d’engager l’acte de rénovation. Et la quatrième s’attache au cas particulier de la rénovation en copropriété privée. La synthèse sera présentée le 20 octobre 2016, lors de la réunion de bureau du Plan bâtiment durable. Et les travaux seront publiés.

Sur la question de la copropriété, quels sont les leviers d’action qui sont ressortis pour entrer de plain-pied dans la rénovation énergétique ?

Le premier, c’est la nécessité d’une dynamique spécifique qui requiert l’adhésion et l’implication du conseil syndical autour d’un ou plusieurs leaders énergétiques et l’appropriation du projet par les copropriétaires grâce à une véritable culture de la rénovation énergétique. C’est un élément clé. Le deuxième porte davantage sur l’aspect technique : il s’agit de la nécessité de concevoir un accompagnement structuré par un travail en équipes pluridisciplinaires de professionnels. Il faut mettre en place et promouvoir des outils dédiés à l’accompagnement des copropriétés : des plates-formes collaboratives, des audits globaux ou numériques, des plans de travaux sur le long terme. Et le troisième volet est relatif aux financements, par des plans d’épargne spécifiques à la copropriété, des tiers financements, des prêts collectifs, etc. Ces trois leviers d’action permettent de dynamiser, en copropriété privée, les projets, les approches de travaux de rénovation énergétique.

Avez-vous également pu identifier les freins à cette dynamique ?

Ils sont liés aux principes mêmes du système et des règlements de copropriété (même si ces derniers ont été assouplis dans le cadre de la loi sur la transition énergétique), mais ils tiennent avant tout à la difficulté à structurer un engagement collectif en général. Une deuxième difficulté majeure a trait à la capacité à générer des systèmes de financement à la fois souples et attractifs et adaptés aux différentes situations des copropriétaires. Et nous avons observé que la création d’une « structure travaux », technique, tant chez les entreprises que les maîtres d’oeuvre, qui réponde de manière valorisante, qualifiée, aux attentes des copros en termes de performances et de résultats, était indispensable. Donc vous le voyez, ce ne sont pas des freins qui tiennent à la réticence des acteurs de la copropriété, mais à l’action de rénovation elle-même.

Le coût de rénovation constitue donc un frein naturel. Qu’est-ce qui vous a particulièrement séduit dans les contributions qui vous ont été livrées ?

Les réflexions à caractère sociologique portant sur les comportements de groupes de copropriétaires et les solutions techniques et financières innovantes. Elles permettent de voir comment dynamiser un groupe de personnes autour des équipes leaders énergétiques, de trouver des solutions de financement originales et montrent l’intérêt à mieux industrialiser, standardiser des natures de travaux, pour gagner sur les coûts et le temps de travaux. Nous avons des pistes de réflexion très concrètes, des solutions qui ont déjà été mises en oeuvre.